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À Genève les professionnels du patrimoine croisent leurs expertises

Par Ines Achi
À Genève les professionnels du patrimoine croisent leurs expertises
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Le 6 octobre 2026, Hubfinance réunissait à Genève les professionnels de la gestion de patrimoine pour un Asset & Wealth Management Lunch consacré aux évolutions de leur métier. UMA Wealth, Exane Asset Management, Openstone et Eiffel Investment Group y ont présenté leurs approches, de la structuration des patrimoines internationaux au financement de la transition énergétique.

Les échanges ont porté sur des préoccupations concrètes des familles et de leurs conseils. Comment préparer une transmission lorsque les héritiers vivent dans plusieurs pays ? Quelle place donner à la gestion active dans les portefeuilles ? Comment accéder aux marchés privés avec une sélection rigoureuse des gérants et une bonne compréhension de la liquidité ? Les quatre maisons ont apporté des réponses nourries de leur expérience et illustrées par leurs méthodes de travail.

UMA Wealth accompagne les familles au fil des générations

Pour Geralda Kral, TEP, Directrice générale d’UMA Wealth (Switzerland) AG et Managing Partner d’UMA Swiss AG, la structuration patrimoniale doit suivre deux évolutions qui se conjuguent : les familles se déplacent et leur organisation change. Les enfants étudient, travaillent ou se marient à l’étranger. Les entrepreneurs développent leurs activités dans de nouveaux pays. Une séparation, une nouvelle union ou le départ progressif du fondateur modifient les équilibres familiaux.

Son intervention, intitulée Beyond Borders, Across Generations, invite à évaluer une structure patrimoniale à l’aune de la liberté qu’elle laisse à ses bénéficiaires. Une organisation bien pensée doit permettre de prendre des décisions personnelles ou entrepreneuriales sans devoir remettre à plat l’ensemble du patrimoine à chaque étape.

Forte de près de vingt-cinq années auprès d’entrepreneurs et de leurs familles, Geralda Kral a décrit plusieurs situations dans lesquelles une préparation insuffisante finit par limiter les choix. Une entreprise peut dépendre de la seule signature de son fondateur. Un déménagement peut imposer de défaire des structures existantes. Une succession peut reposer sur la reprise de l’activité par un enfant qui souhaite exercer un autre métier.

Ces situations appellent des règles précises sur les pouvoirs de décision, la détention des actifs et la direction de l’entreprise. Préparer la sortie d’un actionnaire, anticiper une incapacité ou convenir des conséquences d’un changement de résidence permet de traiter les difficultés avant qu’elles ne deviennent des conflits.

Geralda Kral a notamment insisté sur la distinction entre propriété et direction. Les héritiers peuvent rester actionnaires tout en confiant la gestion à un dirigeant extérieur à la famille. Cette possibilité protège la continuité de l’activité et laisse à chacun la place de construire son parcours.

UMA Wealth mobilise pour cela ses compétences en matière de trusts, de services fiduciaires et de planification patrimoniale, avec une présence notamment en Suisse, au Luxembourg, au Royaume-Uni et à Chypre. UMA Swiss AG dispose en Suisse d’une autorisation de trustee de la FINMA. Cette implantation permet au groupe de coordonner les conseils des familles dont les intérêts relèvent de plusieurs juridictions.

L’intervention a aussi élargi la réflexion au patrimoine immatériel. Transmettre une entreprise engage des savoir-faire, des valeurs, parfois une histoire philanthropique et des liens avec une communauté. En intégrant ces dimensions à la gouvernance, UMA Wealth aide les familles à préparer une continuité qui respecte les aspirations des générations suivantes.

Exane Asset Management défend une gestion active fondée sur la spécialisation

Richard Pandevant, cogérant des fonds actions long-only et responsable de l’investissement durable chez Exane Asset Management, et Louis Rubio, chargé des relations avec les family offices, ont présenté une approche de la gestion active fondée sur la connaissance approfondie des entreprises.

La maison s’appuie sur une culture de recherche actions et de gestion long-short. Ses gérants suivent chacun un univers sectoriel dont ils connaissent les modèles économiques, les dirigeants et les rapports de concurrence. Cette spécialisation leur permet d’évaluer les entreprises dans la durée et de mettre leurs résultats en perspective avec ceux de leurs concurrents.

Richard Pandevant a expliqué ce que l’expérience du long-short apporte à cette méthode. Le gérant doit entretenir une opinion sur l’ensemble des sociétés de son secteur, identifier leurs atouts comme leurs fragilités et reconnaître les situations où les attentes du marché paraissent excessives. La sélection repose sur ce travail continu, alimenté par les publications de résultats et les échanges avec les entreprises.

Le modèle Equity Select présenté à Genève rassemble environ cinquante valeurs, sélectionnées à partir de quelque 450 opinions actives. Les spécialistes prennent les décisions au sein de leur secteur. La construction du portefeuille vise ensuite à maintenir une structure sectorielle proche de celle du marché et à maîtriser les expositions aux devises, aux styles de gestion et aux autres facteurs de risque.

Ce contrôle est essentiel lorsque plusieurs gérants contribuent au même portefeuille. Des décisions prises indépendamment peuvent, une fois réunies, créer une exposition importante à un scénario de taux, à une devise ou à une thématique. Le travail de supervision cherche à repérer ces concentrations et à limiter les paris involontaires.

L’objectif est de faire reposer la valeur ajoutée sur les choix d’entreprises. Cette discipline donne aussi aux allocataires les moyens de comprendre ce qu’une stratégie apporte à leurs autres investissements, au-delà de son seul historique de performance.

Louis Rubio a présenté l’intérêt de proposer cette expertise dans un format ETF actif. L’enveloppe facilite l’exécution et l’intégration dans les portefeuilles, tout en conservant le processus d’analyse et de sélection. Pour les family offices et les gérants de fortune, elle associe un mode d’accès familier à une gestion spécialisée, dont les expositions sont encadrées.

Openstone élargit les possibilités sur les marchés privés

Nadim Takchi, CEO et cofondateur d’Openstone, a présenté une offre conçue pour donner accès à des stratégies de gérants internationaux habituellement associées à des tickets institutionnels. La sélection des équipes et leur complémentarité occupent une place centrale dans cette démarche.

Openstone s’appuie sur sa méthodologie M3, qui combine plusieurs gérants, stratégies et millésimes. Elle vise à répartir les expositions entre des approches différentes et à éviter qu’un portefeuille ne dépende trop fortement d’un seul segment ou d’une seule période d’investissement.

Les supports présentés détaillent le processus de sélection. L’équipe examine l’expérience des gérants sur plusieurs cycles, les sources de création de valeur et les résultats historiques. Elle conduit des tests de sensibilité et évalue la stabilité des équipes, la qualité opérationnelle ainsi que l’alignement des intérêts avec les investisseurs. L’assemblage final tient compte des expositions géographiques, sectorielles et des stades d’investissement.

Patrick Jenvrin, directeur des investissements, apporte à ce travail plus de trente-cinq années d’expérience, dont dix-sept chez UBS Asset Management. Ses responsabilités passées en France et dans l’immobilier et les marchés privés à l’échelle mondiale constituent un appui pour l’analyse et la sélection des fonds.

Nadim Takchi a présenté trois solutions : Openstone Prime, consacré au private equity immobilier européen ; Openstone Yield, dédié à la dette privée européenne ; et Openstone Infraworld, orienté vers les infrastructures privées mondiales.

Dans l’immobilier, la stratégie cherche les opportunités créées par le réajustement du marché, auprès de gérants capables d’intervenir dans plusieurs pays et catégories d’actifs. La dette privée repose notamment sur la complémentarité entre tailles d’entreprises financées, secteurs et stratégies. Les infrastructures donnent accès à des besoins de financement liés à l’énergie, à la modernisation des équipements et au développement des usages numériques.

Accessibles sous conditions à partir de 100 000 euros, les solutions intègrent des modalités de distribution et de rachat propres à chaque véhicule. Leur construction progressive doit tenir compte du rythme de déploiement des fonds sous-jacents. Les possibilités de liquidité prévues restent liées aux conditions des véhicules et à la nature des actifs, qui impose un horizon de long terme.

Pour les professionnels du patrimoine, Openstone réunit ainsi dans une même offre le travail de sélection des gérants, la diversification et l’organisation de l’accès aux fonds. Nadim Takchi a souligné l’importance de cette architecture pour accompagner les clients dans la constitution de leur allocation non cotée.

Eiffel Investment Group finance les entreprises et la transition énergétique

Émilie Da Silva, Managing Director en charge des Wealth Solutions chez Eiffel Investment Group, a présenté les expertises d’une maison indépendante, détenue par son équipe et soutenue par l’entrepreneur Jacques Veyrat. Son activité se concentre sur le financement des entreprises et des projets, principalement en Europe.

Selon les données présentées, Eiffel représentait 9 milliards d’euros d’encours en juin 2026, engagements non appelés inclus, et comptait environ 140 clients institutionnels de premier plan. La clientèle privée représentait 19 % des encours. Le développement de cette activité s’appuie donc sur une expérience largement acquise auprès d’assureurs, de fonds de pension et d’autres investisseurs institutionnels.

Émilie Da Silva a mis en avant la dette privée d’entreprise, le financement de la transition énergétique et les actifs cotés. Les stratégies de private equity et d’infrastructure consacrées à la transition énergétique représentaient environ 45 % des encours en juin 2026. Ce poids reflète une spécialisation ancienne de la maison et les compétences développées par ses équipes.

Dans les énergies renouvelables, Eiffel intervient notamment lorsque les projets sont prêts à construire et nécessitent un financement flexible avant leur exploitation ou leur refinancement à long terme. Cette étape demande de comprendre les besoins du développeur, les contraintes de construction et les caractéristiques économiques de chaque actif.

L’analyse financière s’accompagne donc d’une connaissance des technologies et des contreparties industrielles. Les équipes présentées réunissent des professionnels issus de l’investissement, de la banque et de grands groupes de l’énergie. Cette diversité de parcours permet d’aborder les opérations avec une compréhension concrète de leur réalisation.

À fin 2025, les stratégies de transition énergétique du groupe totalisaient environ 260 transactions, 200 sorties et 6 300 actifs renouvelables financés. Le solaire, l’éolien, l’hydroélectricité et le biogaz figurent parmi les domaines couverts. Ces chiffres témoignent du volume d’opérations suivi et de l’expérience accumulée, depuis le financement initial jusqu’à la sortie.

Pour les gérants de fortune et leurs clients, Eiffel offre ainsi un accès à des stratégies dont l’utilité économique est identifiable. L’intervention d’Émilie Da Silva a permis de préciser comment une expertise sectorielle, développée auprès d’investisseurs institutionnels, peut trouver sa place dans une allocation patrimoniale.

À Genève, les échanges organisés par Hubfinance ont donné aux participants un aperçu détaillé de ces quatre maisons partenaires. Leurs présentations ont aussi permis de relier les choix d’investissement aux questions de gouvernance, de transmission et de disponibilité du capital auxquelles les professionnels du patrimoine répondent quotidiennement.

Étiquettes: Wealth management

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