Lauréat du NOVA Next Gen Advisory Award lors du NOVA Wealth Summit, organisé le 15 octobre 2026 à l’Automobile Club de France, B. Durand Capital Partners défend une transmission qui se prépare bien avant la succession. Comprendre le patrimoine, trouver sa place et apprendre à décider ensemble en constituent les étapes essentielles. Pour Hubfinance, Juliane Planard et Nivedhita Viveganandam, toutes deux Family Officers au sein du multi family office, partagent leur vision de la transmission et les principes de cet accompagnement.
Votre démarche associe entretiens individuels, charte familiale, conseil de famille et transmission progressive. Pourquoi commencer bien avant le transfert effectif du patrimoine ?
Juliane Planard : Chez B. Durand Capital Partners, nous estimons que trop de familles se déchirent au moment d’une succession. Notre vocation première est de permettre à chaque membre de s’approprier la transmission familiale, afin de renforcer la cohésion et de réduire les risques de conflits.
Les outils de gouvernance restent pourtant peu répandus. Selon une étude Bpifrance Le Lab publiée en septembre 2023, 76 % des PME et ETI familiales françaises n’ont ni conseil de famille ni charte familiale.
Transmettre un patrimoine, c’est transmettre une histoire, des valeurs et une capacité à décider ensemble. Les familles peuvent être internationales, réunir plusieurs générations aux attentes différentes et détenir des actifs variés, parfois difficiles à comprendre pour l’ensemble de leurs membres.
La transmission ne se résume donc pas à un acte juridique ou notarial. Sa mise en œuvre juridique et fiscale peut prendre quelques mois ; l’appropriation des enjeux par les générations suivantes demande beaucoup plus de temps. Il faut leur permettre de comprendre le patrimoine, d’apprendre à en prendre la responsabilité et de trouver progressivement leur place dans son avenir.
Comment construire une direction commune lorsque les membres d’une famille ont des aspirations différentes ?
Nivedhita Viveganandam : Notre rôle est de centraliser l’information et de faciliter sa circulation entre les membres de la famille, en conservant une position neutre.
Nous proposons d’abord à chacun un entretien individuel. Parents comme enfants peuvent ainsi exprimer librement leurs attentes, leurs craintes ou leur désintérêt pour certains sujets. Nous cherchons ensuite à faire émerger les points de convergence réels et à nommer clairement les divergences, pour qu’elles puissent être discutées.
L’objectif est de construire une gouvernance suffisamment souple pour que chacun trouve sa place. Certains souhaitent s’investir activement dans la gestion du patrimoine familial ; d’autres préfèrent rester en retrait tout en étant informés.
Cette question se pose particulièrement entre les enfants qui travaillent dans l’entreprise familiale et ceux qui n’y travaillent pas : leurs situations respectives, notamment au regard d’un pacte Dutreil, évoluent souvent de façon différenciée dans le temps. Il est donc essentiel de favoriser ces échanges en amont, afin de déterminer collectivement si cette différence appelle un rééquilibrage entre héritiers ou si elle peut être assumée comme une différence de traitement légitime et transparente.
Comment la charte familiale et le conseil de famille permettent-ils de passer des intentions aux décisions ?
Juliane Planard : La charte familiale formalise la vision que la famille souhaite donner à son patrimoine et les valeurs qui doivent guider sa transmission. Elle fixe les grands principes communs : règles de décision, modalités d’arbitrage en cas de désaccord, répartition des rôles et conditions d’entrée ou de sortie de la gouvernance.
Elle permet également de préciser la place des enfants, des petits-enfants et des conjoints. La famille choisit les droits, les responsabilités et les modalités de participation qu’elle souhaite leur accorder, en fonction de ses valeurs et de son projet.
Le conseil de famille donne vie à cette charte. Réuni régulièrement, il assure le suivi des décisions, facilite le dialogue entre les générations et permet de traiter les sujets sensibles comme les éventuels désaccords.
La charte reste un accord moral et évolutif. Elle prévoit les conditions dans lesquelles elle peut être réévaluée pour tenir compte des évolutions de la famille, du patrimoine et des aspirations de chacun. Ensemble, ces deux outils apportent un cadre commun qui peut s’adapter au fil des générations.
Comment donner progressivement des responsabilités aux enfants tout en leur permettant de prendre leurs propres décisions ?
Nivedhita Viveganandam : La progressivité est essentielle. Elle permet d’adapter les responsabilités confiées aux enfants à leur maturité, à leurs aspirations et à leur intérêt réel pour la gestion patrimoniale.
Cette approche repose à la fois sur des structures juridiques adaptées — démembrement de propriété, holdings dotées d’une gouvernance encadrée, pactes d’associés — et sur une implication croissante dans les décisions. Les enfants interviennent d’abord à titre consultatif, puis participent progressivement à la prise de décision.
Notre mission consiste à structurer et à accompagner cette transition. Nous leur transmettons les clés de compréhension et les outils nécessaires pour qu’ils puissent, à leur tour, poursuivre le développement du patrimoine.
Quelle place occupe la pédagogie dans cette préparation ?
Juliane Planard : Nous souhaitons donner à nos clients les moyens de comprendre leur patrimoine et d’en maîtriser les principaux enjeux. Cela suppose de rendre accessibles des sujets parfois complexes, afin que chacun puisse se forger sa propre opinion et mesurer les conséquences de ses choix.
Depuis la création de B. Durand Capital Partners il y a dix ans, nous avons développé plusieurs outils complémentaires. Notre Observatoire des Banques Privées constitue notamment une base comparative qui nourrit nos appels d’offres et nos recommandations.
Nous entretenons également un lien pédagogique régulier grâce à des newsletters consacrées aux actualités financières, juridiques et fiscales, ainsi qu’à des points d’information financière hebdomadaires.
Cette démarche se prolonge à travers quatre ateliers organisés en petits groupes de huit à douze participants. Ils favorisent les échanges, le partage d’expériences et l’approfondissement de thématiques patrimoniales clés.
Notre ambition est de permettre aux familles de devenir pleinement actrices de leurs décisions patrimoniales.
À quoi reconnaît-on une transmission réussie ?
Nivedhita Viveganandam : Nous attachons autant d’importance à la qualité du processus et à l’équilibre familial qu’aux seuls résultats patrimoniaux.
Le premier critère est l’adhésion de la famille. Ses membres se reconnaissent-ils dans le cadre mis en place ? Se l’approprient-ils réellement ?
Le deuxième concerne l’efficacité des dispositifs : une gouvernance qui fonctionne concrètement, des documents clairs et opérationnels, une charte qui constitue un véritable outil de référence et guide les décisions.
Le troisième est la capacité à se projeter sereinement au-delà de la génération actuelle. La famille doit pouvoir anticiper les échéances et les décisions futures, plutôt que les subir dans l’urgence.
Enfin, une transmission réussie doit préserver les équilibres entre les parties prenantes. Il s’agit de permettre au fondateur de transmettre sans se sentir dépossédé, de veiller à ce qu’aucun héritier ne se sente lésé et de préserver les intérêts de chacun dans la durée.
C’est la réunion de ces quatre dimensions — l’adhésion, l’efficacité de la gouvernance, la capacité à préparer l’avenir et la préservation des équilibres familiaux — qui permet d’apprécier pleinement la réussite d’une transmission.